En regardant cette photo on pourrait croire que Yingluck Shinawatra s’est
pris les pieds dans le tapis en allant saluer la princesse de Thaïlande. Mais il
n’en est rien. Yingluck a beau être l’actuel Premier ministre, autrement dit la
personne qui est en charge de diriger le gouvernement, elle n’est rien par
rapport à un membre de la famille royale dans l’ordre de la hiérarchie invisible
qui gouverne le royaume.
Il est donc exclu que son
regard soit à la même hauteur que celui de la princesse, ce serait considéré
comme une attitude irrespectueuse et deplacée. Seul un autre membre de la
famille royale, ou un souverain d’un autre pays, ou encore un membre du clergé
bouddhiste peut prétendre situer son regard à son niveau. Ce qui est vrai pour
la princesse l’est bien entendu, et même à un degré supérieur, pour le roi lui
même.
Même un Premier ministre se doit de ramper devant un
membre de la famille royale, telle est la règle dans le royaume de
Thaïlande.
La monarchie en Thaïlande et les rapports complexes qu’entretiennent
les Thaïlandais avec cette institution sont parfois mal compris pas les
occidentaux. En particulier l’application très stricte des lois sur le lèse
majesté pose problème. Cette loi est d’ailleurs aujourd’hui soumis à des
critiques de plus en plus fréquentes, y compris à l’intérieur du royaume.
L’actuel gouvernement qui avait pourtant sévèrement critiqué l’application de
cette loi lorsqu’il était dans l’opposition, n’a encore rien tenté pour en
limiter les excès.
Aucun signe d’assouplissement
Aujourd’hui des groupes d’étudiants et de professeurs se réunissent et
tentent d’imposer un débat sur la question au nom de la liberté d’expression.
Ils demandent que le fameux artcicle 112 du code pénal soit amendé sur ses
aspects les plus criticables comme la lourdeur des peines encourues, et le fait
que n’importe qui peut porter une accusation de lèse majesté auprès de la police
et déclencher une enquête.
Une pétition signée en 2009 n’a pas réussi à modifier l’article 112, mais a
contribué à faire de la discussion un sujet sur la scène internationale
« Nous avons échoué », a déclaré le professeur Andrew Walker, qui a
co-signé la pétition il ya trois ans. « Il n’y a pas eu de réforme
substantielle » de l’article 112, et «la situation est allée de mal en
pis », a t-il dit lors d’une conférence de presse tenue au FCCT (Club des
correspondants étrangers en Thaïlande)
Le nombre de personnes condamnées en vertu de la loi de lèse-majesté a
beaucoup augmenté au cours des dernières années et surtout depuis le coup d’Etat
de 2006. La mort de Ampon Tangnoppakul en prison en mai dernier, condamné pour
de simples messages SMS a choqué une partie de l’opinion publique, et a relancé
le débat sur la réforme de cette loi, dite article 112.
En Thaïlande, seul Bouddha peut être au dessus du
roi
Malgré l’échec de la réforme, le professeur Tongchai Winichakul qui a été à
l’origine de la pétition en collaboration avec Walker, estime que la campagne a
contribué à
«sensibiliser le public et à mettre la question à l’ordre du
jour dans le monde entier. »
Mais pour le moment le gouvernement ne donne aucun signe d’assouplissement,
et l’armée a même fait bruyamment connaitre sa position par l’intermédiaire du
Général Prayuth, celui là même qui avait recommandé à ceux qui critiquent la
monarchie de déménager à l’étranger.
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« Il n’y a aucun avantage électoral à se lancer dans une réforme de la
l’article 112″, a déclaré M. Walker, pour expliquer pourquoi le
Premier-ministre Yingluck Shinawatra n’a pas modifié la loi, alors que son parti
l’avait critiquée quand elle était dans l’opposition.
«Ce n’est pas l’une des aspirations des partis politiques, car il n’y a
pas de voix à gagner en soutenant ce projet’ »
La campagne pour l’abolition de l’article 112 a également été confondu avec
une campagne pour la fin de l’institution monarchique, renforçant les craintes
d’une partie de la population encore très attachée à la monarchie. Winichakul a
insisté sur la nécessité de distinguer entre ces deux positions politiques.
«Les gens veulent une discussion raisonnable, ils veulent faire des
commentaires sincères, mais pour le mement ils ne peuvent pas », at-il
dit.